Historiens sachant raconter des histoires (avec un petit H)

Philippe artières

Philippe Artières est historien et écrivain, directeur de recherche au CNRS, ancien pensionnaire de la villa Medicis. Il a consacré sa thèse au fond d’autobiographies de criminels réuni par le Dr. Lacassagne à Lyon à la fin du XIXe siècle et en a tiré Le Livre des vies coupables. Il a publié un récit, Vie et Mort de Paul Gény sur son arrière-grand-oncle, jésuite français assassiné à Rome et continue d’aborder les grandes mutations de la société par le biais des écrits “sans qualité” et des archives quotidiennes. Il a consacré des essais aux banderoles, aux graffitis et aux petites annonces et il prépare une exposition sur mai 68 aux Archives nationales.

Jean-pierre bat

Jean-Pierre Bat est archiviste-paléographe. Il est aussi historien, spécialiste de la Françafrique, détaché aux Archives nationales comme agent (pas secret, scientifique) chargé des réseaux de Jacques Foccart, le plus fameux des hommes de l’ombre de la Ve République. Il est l’auteur du Syndrome Foccart et de La Fabrique des barbouzes. Sa formation d’archiviste lui pose un grave problème : il n’a jamais réussi à laisser un message s’autodétruire.

Annette becker

Annette Becker est historienne, professeure à Nanterre, vice-présidente de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, membre honoraire de l’Institut Universitaire de France. En 2000, son livre 14-18, Retrouver la guerre, avec Stéphane Audoin-Rouzeau, bouleverse l’historiographie de la période. En 2017, elle publiera Messagers de la Tragédie, sur Raphaël Lemkin – juriste polonais qui forge en 1943 le terme et le concept de génocide – et Jan Karski – héros de la résistance polonaise qui témoigne de la Shoah devant les Alliés sans les faire réagir. C’est la violence spécifique exercée contre les Juifs de Russie et les Arméniens de l’Empire ottoman au début du XXème siècle qui l’a amenée à une réflexion générale sur les génocides : de Pologne en Arménie, de Drancy au Rwanda, elle arpente depuis les archives et les traces de ce qu’elle appelle la dark memory.

Romain bertrand

Romain Bertrand est politologue, directeur de recherche au CERI Sciences-Po, lauréat du grand prix des Rendez-vous de l’Histoire pour son Histoire à parts égales qui explore la rencontre entre Orient et Occident en 1596. Il a un temps été tenté par le « terrain » et a passé deux mois à Supik, un village perdu de l’est de Java, avant de comprendre qu’il aimait par dessus tout les archives et les villes qui les abritent. Il publie Le Long remords de la conquête, fruit de plusieurs années d’enquête à Manille, Mexico et Madrid.

Patrick boucheron

Patrick Boucheron est médiéviste, professeur au collège de France. Spécialiste de l’Histoire comparée des pouvoirs entre Moyen Âge et Renaissance, il travaille notamment sur l’Histoire des villes italiennes, mais aussi sur l’épistémologie et l’écriture de l’Histoire. Parmi ses derniers livres : Conjurer la peur- Essai sur la force politique des images, et Prendre dates, une correspondance échangée avec Mathieu Riboulet entre le 6 et le 14 janvier 2015. Il aime changer de cadre, décaler les perspectives, plonger l’historien dans l’époque : en particulier au Banquet du Livre, à Lagrasse chaque été, et à Nantes où il a mis en scène « Nous autres – 24 heures pour refaire l’Histoire du monde ou presque ».

Jane burbank

Jane Burbank est professeur d’histoire à l’université de New York. Elle est l’auteur, avec F. Cooper, d’Empires – de la Chine ancienne à nos jours, une somme traduite en six langues, qui se rattache au courant de l’histoire connectée. Si elle n’a pas peur d’embrasser 20 siècles en un seul livre, elle sait aussi zoomer sur l’histoire russe moderne. Elle est incollable sur la vie villageoise au tournant du XXe, sur les intellectuels au début du bolchevisme et sur les aspirations des petits bureaucrates de Kazan, une ville de province qui deviendra capitale du Tatarstan.

éléonore challine

Eléonore Challine est historienne de la photographie, maître de conférences à La Sorbonne et normalienne. Dans sa thèse, elle s’est penchée sur des projets de musées photographiques. C’est sur cette question épineuse qu’elle vient de publier son premier livre aux éditions Macula, Une histoire contrariée. Le musée de photographie en France(1839-1945). Outre ce goût pour les projets rêvés (et ratés), elle s’intéresse à l’omniprésence des images photographiques au XIXe siècle, à la photogénie et à tout ce que la photographie a pu produire de bizarre autour de 1900 : géants, femmes à barbe et gens ordinaires dans des pauses absurdes.

Franck collard

Franck Collard est médiéviste, normalien, professeur à Paris-Nanterre, président de l’Association des Professeurs d’Histoire Géographie. Il doit l’origine de sa brillante carrière à l’interdiction parentale de regarder à la télévision Les Rois maudits. Transgressif mais prudent, il les avait néanmoins vus en cachette. Il se caractérise par un manque d’imagination tel qu’il a consacré sa thèse à Robert Gaguin, un universitaire des années 1480. Il s’est intéressé ensuite aux empoisonneurs et aux poisons des temps médiévaux. Ses dernières recherches lui ont valu de fréquenter une vierge armée (La passion Jeanne d’Arc. Mémoires françaises de la Pucelle), un abominable aristocrate incestueux (Jean V d’Armagnac) et même quelques féroces envahisseurs (Poux, puces, punaises – notez l’allitération – la vermine de l’homme, L’Harmattan).

Jean-pierre filiu

Jean-Pierre Filiu est historien. Sa thèse portait sur Mai 68 à l’ORTF. Pourtant, évidemment, c’est en tant que spécialiste de l’islam contemporain qu’il est aujourd’hui reconnu : les Rendez-Vous de l’Histoire l’ont d’ailleurs distingué en 2015 pour Les Arabes, leur destin et le nôtre et en 2008 pour L’Apocalypse dans l’Islam. Il est professeur des universités à Sciences Po Paris, après avoir été diplomate (Jordanie, Syrie, Tunisie, Etats-Unis) et membre de cabinets ministériels (Intérieur, Défense, Premier Ministre). Il paraît qu’il conseille à ses étudiants : « Ne craignez pas de perdre votre temps ou de croire que vous le perdez. » Il a écrit un essai sur Jimi Hendrix (Le gaucher magnifique, Fayard, 2008) et le scénario du triptyque Les meilleurs ennemis – Une histoire des relations entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient, dessiné par David B. (éd. Futuropolis).

Laurence fontaine

Laurence Fontaine est moderniste, directrice de recherche émérite au CNRS, lauréate du grand prix des Rendez-vous de l’Histoire. Elle vient de publier Le Marché – Histoire et usages d’une conquête sociale, où elle défend l’idée que le marché est- aussi- un moyen d’émancipation, à hauteur de ceux qui par l’échange veulent améliorer leur sort. Elle a la passion des aller-retours entre passé et présent : du Paris du XVIIIe aux provinces du Bengale et de la Mauritanie aujourd’hui.

Isabelle heullant-donat

Isabelle Heullant-Donat est médiéviste, professeur à l’Université de Reims. Ses travaux portent notamment sur l’écriture de l’histoire universelle en Italie à la fin du Moyen Âge. Ella a enquêté sur des religieux du 14e siècle morts martyrs en Terre d’islam, sur une reine de Naples qui prétendait gouverner un ordre religieux et sur les stigmates de Saint François. Elle est la spécialiste mondiale d’un franciscain italien dont elle sait tout et qui n’intéresse qu’elle. Quand on lui demande à quoi sert l’Histoire, elle répond que ça permet d’enrayer la machine à penser en noir et blanc.

Christian ingrao

Christian Ingrao est chargé de recherches au CNRS, ancien directeur de l’Institut d’Histoire du Temps Présent. Au coeur de ses recherches : un groupe d’hommes d’une grande croyance et d’une grande violence, qui combinent carrière policière, engagement militant et activité intellectuelle. Il a publié Croire et détruire- Les intellectuels dans la machine de guerre SS et prépare un livre sur les représentations nazies de l’avenir. Il a quatre enfants auxquels il a longtemps raconté, le soir en les mettant au lit, une belle histoire du monde où parfois tout est bien qui finit bien.

Anne lehoërff

Anne Lehoërff est protohistorienne, archéo-métallurgiste et professeur d’archéologie à l’Université de Lille. Elle a publié cette année Préhistoires d’Europe, de Néandertal à Vercingétorix où elle raconte en particulier l’invention de l’agriculture et de la métallurgie, autrement dit la révolution néolithique. Elle aime regarder les objets métalliques au microscope (la preuve : elle a monté un laboratoire d’étude des alliages cuivreux anciens). C’est beau la matière. En plus, ça lui permet de redonner la parole à ceux qui n’ont rien écrit sur eux-mêmes, de retrouver leurs gestes, leurs envies. En un mot, leur histoire. Elle enseigne à ses étudiants que nos ancêtres ne sont pas tout à fait les Gaulois et essaie de leur transmettre l’amour du trou de poteau, cet humble “Graal” de l’archéologue de la protohistoire. Elle défend une archéologie militante et responsable au Conseil national de la recherche archéologique, qu’elle préside.


vincent lemire


Vincent Lemire fut hydrohistorien et reste historien du Moyen-Orient. Quand il n’enseigne pas à l’Université Paris-Est (sise à Marne-la- Vallée, ville nouvelle), il prend des avions pour Jérusalem (quelques millénaires de plus que Marne-la-Vallée au compteur). Ces archives sont pour la plupart conservées ailleurs : à Saint-Pétersbourg, Istanbul, Nantes, Amman, Addis Abeba. Il partage cet appétit d’archives avec
 une bande de collègues réunis sous la bannière du projet Open-Jerusalem, financé par l’Union européenne. Avant cela il avait travaillé sur l’eau, sur les puits du Ghetto de Venise, sur les bidonvilles lyonnais, sur le graffiti « Ici on noie les Algériens » et sur d’autres choses encore qui ont disparu. Jérusalem, histoire d’une ville-monde est sorti chez Flammarion.

Rahul markovits

Rahul Markovits est moderniste, maître de conférences à l’École normale supérieure. Dans sa thèse Civiliser l’Europe. Politiques du théâtre français au XVIIIème siècle , publiée chez Fayard en 2014, il s’efforce de déconstruire l’idée de l’hégémonie culturelle exercée par la France sur l’Europe des Lumières – même si la tentation du soft power était bien réelle après 1715. Ayant fait le tour des cours européennes, il s’est lancé dans une histoire du XVIIIème par la racine : une exploration du commerce du ginseng et de ses acteurs : jésuites, botanistes et marchands de la Compagnie des Indes… C’est en s’égarant dans les archives qu’il est tombé nez à nez avec un voyageur indien, lui aussi, un peu perdu.

Pascal ory

Pascal Ory est professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne. Il enseigne aussi à l’Ecole de journalisme de Sciences Po et à l’INA. Son Histoire des Intellectuels en France de l’affaire Dreyfus à nos jours (avec J.F. Sirinelli ) est un classique. Il a écrit beaucoup d’autres livres, qu’il répartit en trois catégories : « histoires », « fables » et « contes ». Il a été critique gastronomique, élu du peuple et demeure critique de bandes dessinées.

Jenny raflik

Jenny Raflik est contemporanéiste à l’Université de Cergy-Pontoise. Ses cours portent sur l’histoire de la Guerre froide, des conflits contemporains et du terrorisme. Elle a une passion pour la Quatrième République, à laquelle elle a consacré deux livres, La IVème République et l’Alliance atlantique, et La République moderne à paraître au Seuil. Elle a également publié chez Gallimard Terrorisme et mondialisation où elle propose, en historienne, une typologie de cette violence particulière (révolutionnaire, ethno-nationaliste ou identitaire). Elle y évoque aussi quelques souvenirs du Sri Lanka, où elle avait décidé de partir en vacances alors que le pays était en pleine guerre.

Marie-pierre rey

Marie-Pierre Rey est professeur d’histoire russe et soviétique à la Sorbonne, directrice du Centre de recherches en histoire des slaves. Elle est biographe d’Alexandre 1er, le tsar qui vainquit Napoléon, un best-seller en France, aux Etats-Unis et en Russie. Elle a dédié le livre aux siens et en particulier à son époux, qui pendant dix ans n’a pu partir en vacances qu’en tolérant la présence, encore et toujours, de celle que sa femme appelle « mon Alexandre ».

Romy sánchez

Romy Sánchez est historienne depuis exactement quatre jours. Cela faisait six ans tout juste qu’elle travaillait à une thèse sur les exilés cubains au XIXème siècle et leur rôle dans la construction de la nation cubaine, à la Sorbonne. Ça c’est fait. Elle est normalienne, enseigne à l’Université de Caen et a coordonné Exils entre les deux mondes avec trois autres historiens (ils se sont trouvés un nom : les exilologues). Quand son kiné lui a demandé : « Et à part Cuba, qu’est-ce qui vous intéresse ? », elle n’a pas trop su quoi dire, mais en y réfléchissant mieux ça donnerait : l’Amérique en général, l’Espagne, les Caraïbes et surtout les gens, morts ou vivants.

Sylvain venayre

Sylvain Venayre est historien, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Grenoble-Alpes. Il a récemment publié Une guerre au loin. Annam, 1883 (Belles Lettres), primé aux Rendez-vous de l’histoire. Il vient de co-diriger avec P. Singaravélou Histoire du monde au XIXe siècle (Fayard, 2017). Il dirige actuellement L’Histoire dessinée de la France (La Revue dessinée/La Découverte) dont il co-signe le premier volume, La Balade nationale, avec Etienne Davodeau.


isabelle veyrat-masson

Isabelle Veyrat-Masson est historienne des médias, sociologue des médias et politologue (oui, des médias : sa thèse de science politique portait sur les programmes historiques).Son Histoire de la télévision française de 1935 à nos jours (avec Monique Sauvage) et son histoire de L’histoire au petit écran : quand la télévision explore le temps sont des classiques . On peut affirmer sans trop s’avancer que c’est une intellectuelle qui s’intéresse aux médias. Et à la politique : le laboratoire qu’elle dirige au CNRS s’appelle Communication et Politique. Elle reste cohérente en cette année 2016-17 en publiant Sous les pavés, le politique. Presse, télévision, radio et nouvelles technologies , et en tenant une chronique sur France Inter dans l’émission de Nicolas Demorand
 « Questions Politiques ». Avec un plaisir à peine dissimulé, elle profite de sa participation aux médias de flux pour les observer de l’intérieur.

Dimitri vezyroglou

Dimitri Vezyroglou est historien et travaille sur le cinéma, ce qui fait de lui, suppose-t-il, un historien du cinéma. Maître de conférences à la Sorbonne, il a longtemps travaillé sur le cinéma muet (Le Cinéma en France à la veille du parlant, CNRS Editions, 2011), et continue à l’explorer à travers une monographie sur le Napoléon d’Abel Gance (1927), en cours d’écriture. Rattrapé sans doute par son histoire familiale, il se passionne pour le cinéma comme instrument de contestation politique dans la Grèce des colonels, et aussi pour la légitimation des cultures marginales dans les années 1960-70. Il préside le jury du prix du documentaire historique des Rendez-vous de l’histoire.

Clementine vidal-naquet

Clémentine Vidal-Naquet est historienne, post-doctorante à la Sorbonne. En 2014, elle a publié Couples dans la Grande GuerreLe tragique et l’ordinaire du lien conjugal (éd. Les Belles Lettres) ainsi qu’une anthologie de neuf correspondances échangées entre 1914 et 1918, (éd. Bouquins/ Robert Laffont). Ses travaux portent sur l’histoire de l’intime. Avec trois amis, elle a fondé Sensibilités, une revue savante (mais pas seulement) qui paraît chez Anamosa.