Femmes libres et grandes dames

Eva joly

Eva Joly est magistrate et femme politique. Dans sa vie, elle a exercé plusieurs métiers : jeune fille au pair dans une famille française (dont elle a épousé le fils aîné), décoratrice (pour subvenir aux besoin de leur ménage). Elle s’est aussi distinguée : troisième place au concours de Miss Norvège (à 18 ans), concours (réussi) d’entrée à l’école de la magistrature (à 38 ans), prix de l’intégrité par l’ONG Transparency International (en 2001), prix de l’humour politique (pour une très bonne blague sur Dominique Strauss-Kahn). Elle a instruit des affaires : Bernard Tapie vs Crédit Lyonnais, Elf, les frégates de Taïwan et l’affaire Dumas-Deviers-Joncour. Elle a conseillé : la Norvège (dans la lutte contre la corruption), un président malgache (réputé corrompu) et l’Islande (en enquêtant sur la crise financière en 2009). Elle a été candidate écologiste (à la présidence de la République française en 2012) et élue (au parlement européen, deux fois). Elle a écrit 11 livres, et fait l’objet de deux autres. En ce moment, elle est avocate.

Anne-sarah kertudo

Anne-Sarah Kertudo est juriste, directrice de l’association Droit Pluriel « pour une justice accessible à tous ». Elle vient de réaliser pour France 5 Parents à part entière où elle tente de répondre à la question : « Comment protéger son enfant si on ne voit pas les voitures arriver au moment de traverser ? ». Cette histoire, c’est la sienne. Elle a également publié Est-ce qu’on entend la mer à Paris ? Histoire de la permanence juridique pour les sourds. Ce service de la Ville de Paris, gratuit, unique en France, c’est aussi son histoire. Elle l’a créé pour permettre à ceux qui ne parlent que la langue des signes de respecter l’adage « nul n’est censé ignorer la loi ». Son adage à elle, c’est « il n’y a pas de honte, rien n’est grave, sauf peut-être de ne jamais être soi ». Elle est l’héroïne d’un roman de Mathieu Simonet publié au Seuil. Le titre : Anne-Sarah K.

Françoise mouly

Françoise Mouly est artiste, graphiste et depuis toujours ou presque, directrice artistique du New Yorker. Son métier c’est la maïeutique. L’art d’accoucher chaque semaine d’une image : la couverture toujours dessinée et qu’aucune titraille ne vient compléter – de l’hebdomadaire tiré à un million d’exemplaires. Elle travaille avec les plus grands, en coulisses, et pourtant c’est elle qui a dessiné peut-être la plus célèbre des Unes du magazine, en septembre 2001 : les tours jumelles, en noir sur fond noir, sur une idée de son mari Art Spiegelman. Avec lui, elle avait fondé en 1980 la légendaire revue graphique RAW, qui contribua à faire de la bande dessinée un art adulte. A ce propos, elle était tout juste majeure quand elle a quitté Paris pour une année sabbatique à New York. Elle n’a jamais réussi à rentrer: c’était fichu pour les études d’architecture (1er art) mais pas pour le dessin et la BD (9e art).

Nathalie rykiel

Nathalie Rykiel est écrivain, après avoir dirigé une maison de couture pendant 20 ans. Elle a été directrice générale, directrice artistique, présidente, et vice présidente du conseil d’administration de Sonia Rykiel, à la fois affaire familiale et marque globale – 30 pays, 65 boutiques, 80 millions de chiffre d’affaires – tellement globale que c’est un groupe chinois qui finira par l’acheter. La grande aventure de la vie de Nathalie, ça a été sa mère. Elle lui a offert le plus enchanté des anniversaires (un défilé immortalisé par Loïc Prigent, en 2008), elle vient d’inaugurer une rue qui porte son nom (l’allée Sonia-Rykiel, une première à Paris pour une figure de la mode). Et elle continue d’en faire des livres, dernièrement Ecoute-moi bien (chez Stock). Son autre aventure a été de s’inventer, elle aussi, en femme libre. Tour à tour mère parfaite, parfaite amoureuse (la lingerie, les sex-toys, Les Grands classiques de la littérature libertine en 20 volumes, c’est elle) et femme de tête. Le plus intéressant, naturellement, c’est de mélanger toutes ces vies, toutes ces femmes, en une «Mets tes talons les plus hauts, tes chaussures les plus rouges, viens, on danse maintenant».